Dimanche 2 septembre 2018

Le chemin de vie d’une paroissienne engagée Enregistrer au format PDF

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Après 16 années comme salariée au service de l’aumônerie de l’enseignement public puis de la paroisse et de la pastorale des jeunes de la zone pastorale, Isabelle Collet a accepté de nous partager comment elle a vécu ses missions. C’est avec « Le Lien » que nous pouvons mieux connaître son parcours.

Isabelle : Parler de soi n’est pas un exercice facile, quand on est un peu timide. Mais offrir un peu de soi c’est une façon de dire merci. Née à Dinan, je suis la sixième d’une famille de sept enfants et cela n’est pas rien dans l’apprentissage de la fraternité, la solidarité. Cela veut dire aussi que mes parents ont été de merveilleux passeurs ! Après le lycée, j’ai fait un apprentissage en charcuterie, puis différents boulots, dont animatrice en théâtre. Cela m’a permis d’avoir plusieurs cordelettes à mon petit arc, qui ont soutenu ma mission.

*"Le Lien" : Comment et Pourquoi tu t’es engagée dans l’Eglise et à l’aumônerie de l’enseignement public ?

Lorsque l’on s’engage dans l’Eglise, c’est que quelque chose ou quelqu’un nous a attrapés. Peut-on dire alors, quand cela a-t-il commencé ? Je me souviens avoir su très tôt l’importance de l’amour… puis d’avoir décidé, en CE2, après une séance caté, que Jésus serait mon ami. Et j’aime raconter cela aux enfants, pour qu’ils comprennent qu’ils sont aussi décideurs dans leur relation à Dieu. C’est peut-être là que ma mission a commencé. Et c’est cette « amitié » qui m’a aidée à grandir. J’ai mis les pieds à l’aumônerie à 17 ans. J’y suis revenue en 95 pour y inscrire ma fille et en 2001 pour y faire du bénévolat. En 2002, j’ai postulé pour le poste de responsable. J’y suis restée dix ans. Puis j’ai été engagée au service de la paroisse et la zone de Dinan. Ce qui m’a aidée à dire Oui, c’est la confiance en Dieu et le fait de travailler pour Lui. Je savais que je signais pour des missions à périodes déterminées et qu’un jour cela s’arrêterait.

« Le Lien » : Qu’est-ce qui t’a marquée le plus, durant ces années en pastorale mais aussi dans ta vie de femme et de maman et « grand-mère » ?

Ce qui marque le plus ce sont les rencontres, les apprentissages et l’évolution de soi-même. Aucune année ne se ressemble. Ce qui marque c’est aussi chaque pas gagné dans la fraternité. L’aumônerie a été un lieu où cela était possible. Les jeunes aiment donner, aidons-les à le faire. Le soutien des adultes est important. C’est aussi ce que j’aime dans l’intergénérationnel. A la catéchèse des primaires, les enfants et les parents permettent de belles rencontres et parfois des défis. Travailler avec des adultes, c’est une autre présence. Chaque animateur, chaque catéchiste apporte son savoir faire. Il faut accueillir ces différences et permettre aux bénévoles de prendre leur place. Certains penseront peut être que c’est un risque. C’est surtout un pari sur la confiance en leur potentiel. J’ai parfois souffert de devoir travailler avec des gens trop carrés, qui n’acceptaient pas que l’on ne rentre pas dans leur cadre. Personnellement, j’ai toujours accepté de modifier mes cadres pour inclure le travail de l’autre. Quand on a un tempérament créateur, ça ne va pas toujours de soi. Et parier sur des personnes différentes, c’est une chance pour accomplir de belles choses. Il y a des moments où il faut savoir s’effacer, s’adapter à la façon de l’autre : c’est de l’accueil. J’aurais aimé faire plus pour les parents. Mais ils sont difficiles à mobiliser. J’aimerais que les parents puissent réfléchir sur leur propre foi : pourquoi inscrivent-ils leurs enfants au caté et quelle relation ont-ils avec Dieu ? « Nul n’est prophète en son pays. », en famille mon témoignage est d’être moi. Ma fille souhaite que je transmette mes valeurs à sa fille, nous devons annoncer que Dieu cherche la relation, mais chacun reste libre d’y répondre. Être mère c’est grandir avec son enfant, en l’accompagnant. Etre Grand-mère c’est redécouvrir la merveille d’une vie qui évolue. C’est impressionnant.

"Le Lien" : Tes grandes joies ? Quelques regrets ? Des projets que tu n’as pas réussis à réaliser ?

Des joies il y en a eu beaucoup. Je veux remercier toutes ces personnes avec lesquelles j’ai travaillé, même ponctuellement. Joie, à chaque fois que quelque chose a été fait pour mettre l’Eglise dans le monde, vivre l’intergénérationnel, l’interculturel, l’intersociale. La présence dans les écoles, la fête buissonnière, le goûter avec les frères de la rue, seuls ou malades, bouge ta planète, les veillées. Joie des partenariats, des coups de mains ponctuels de personnes. Et puis il y a eu les signes…

"Le Lien" : Ta vision sur l’avenir de l’Eglise en général et locale ?

L’Eglise est une institution merveilleuse. Sa fragilité, elle la porte en elle, du fait qu’elle soit aussi humaine. Elle trouve son équilibre dans le mouvement. Pour chaque chrétien cela revient à dire qu’il faut se remettre régulièrement en question. Que rien n’est acquis, car rien n’est parfait. Ma relation à l’autre est-elle ajustée ? Pour chaque paroissien cela veut dire renouveler sans cesse son regard et son accueil. La façon de faire d’hier est-elle toujours valable ? Même s’il y a un manque de bénévoles, il est bon que les missions soient à durée déterminée (renouvelable). Aurais-je été une bonne responsable d’aumônerie au-delà de 10 ans ? Je rêve de plus de fraternité et de justesse ! De plus de joie aussi ! Le croyant doit faire du bien à celui qu’il rencontre. L’Eglise doit ouvrir ses portes plus largement. Rendre plus visibles ses propositions d’initiations chrétienne et catéchumène. Il ne faut pas rester sur les chiffres. Combien au caté ? Combien à la messe ? Certaines personnes s’éveillent ou reviennent à Dieu à l’âge adulte.

"Le Lien" : Est-ce que tu peux parler de tes projets d’avenir ?

Pour l’instant, j’ai besoin de prendre un temps de discernement, et le mettre à profit pour me former. Entre les différents souhaits et le contexte des réalités, il y a matière à penser. Je demande à Dieu de me guider. Ce dont je suis sûre, c’est que ce ne sera pas sans Lui. Que peut-on vraiment sans Lui ? Je regarderai l’Eglise et le monde d’un autre point de vue, et ce sera une bonne chose.. Je l’aiderai d’une autre façon, pour commencer, puisque demain est incertain. Mais demain sera bien. Je reste prête à donner un coup de main sur certaines propositions.

Merci Isabelle et bon vent vers de nouvelles aventures.