Vendredi 2 février 2018 — Dernier ajout vendredi 2 mars 2018

Pardonner n’est pas oublier !

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Au lendemain d’un Synode de l’Espérance et de la Conversion, nos communautés paroissiales se bougent et cherchent à nous procurer un nouveau souffle. Des projets en cours d’élaboration ou de rédaction sont tous axés sur l’exigence de la fraternité comme marque de fabrique d’un Christianisme qui nous invite à aimer même nos ennemis. Que personne ne reste sur le bord du chemin et que tombent progressivement toutes barrières des périphéries.

Une des caractéristiques essentielles de cette fraternité vécue et de l’existence chrétienne, c’est le vrai pardon, attitude miséricordieuse de Jésus lui-même. Nous sommes tous conscients que la pratique du pardon butte à un écueil insurmontable : l’impossibilité d’oublier l’offense qui nous a été infligée. Sauf que pardonner n’est pas oublier. Dans le pardon, il n’est pas question d’oublier les injures et d’ignorer les blessures … Nous risquerions de répéter nous-mêmes ces offenses, en les infligeant sans remords aux autres, dans un certain élan de relativisme … Pardonner, c’est être délivré du ressentiment et du désir de vengeance. On ne peut pardonner de tout cœur qu’en se souvenant bien de l’offense reçue. Loin d’être une simple attitude éthique, le pardon chrétien va bien au-delà et se situe au niveau de la grâce. C’est une tâche permanente qui nous incombe et nous fait entrer dans le mystère d’amour incommensurable de Dieu, don gratuit, dépassant toute justice. Nous sommes appelés à devenir capables de pardonner, parce que Dieu le premier nous pardonne. Dès lors, il n’y a aucune fierté à demeurer consommateurs du pardon de Dieu sans devenir nous-mêmes acteurs du pardon mutuel fraternel (en Dieu).

Les vicissitudes de la vie et ses oscillations sont nombreuses. Je pense aux insatisfactions par rapport aux décisions de l’institution, aux blessures des exclusions, à des maladresses d’inattention, aux conflits interpersonnels qui peuvent s’étendre parfois à la collectivité comme une prolifération cancéreuse … Mais quoi qu’on veuille, nul ne peut défaire le passé ! Nous devons regarder devant. Je ne pourrais jamais réparer le dommage de celui qui m’a offensé en péchant moi-même contre lui ! Victime, je deviens aussi pécheur. Spirale alors ! Cercle vicieux qui n’ouvrira jamais sur un nouveau départ ! Oserons-nous croire en Jésus quand il dit : ‘’Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font’’ ? C’est très facile de croire en nos façons d’agir humaines.

Au plein midi de ce mois de février, nous entrons en Carême, une longue marche dans le désert de nos vies, lieu et occasion d’une purification au travers de nos relations humaines et spirituelles. Il retentira dès le mercredi des Cendres le percutant ‘’Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle’’. Frères, que devons-nous faire ? Cette question est dans les Écritures, et nous l’entendrons encore au lendemain de la Résurrection.

Le vrai défi à notre humanité, ce n’est pas d’oublier l’offense, mais de se convertir à la façon d’agir du Christ à travers nos rencontres : avoir une attention active pour nos semblables et une disposition renouvelée à nous réconcilier avec eux.

A tous et à chacun, bon carême.